Le Neptune – épisode 1/2

LE NEPTUNE
Établissement de spectacles véritables
Quatre salles
un théâtre (350 places)
une salle de concert (275 places)
une salle de projection (175 places)
un studio de cinéma
Tous les soirs à 20 heures, venez tenter votre chance !
Spectacles uniques en leur genre.

Le Neptune est un établissement de spectacle singulier, tout d’abord, de part son architecture qui ne passe pas inaperçue. Sa façade n’est pas frappée d’alignement avec les autres bâtiments de la rue. Elle s’enfonce à angle droit sous un porche qui débouche dans un hall. Chacun des deux murs qui forme l’angle est percé de deux portes et chaque mur est couvert de peintures représentant une diversité de visages expressifs ; un tableau présente l’étude illustrée des maladies mentales ; une frise chronologique déroule l’histoire des utopies ; un Poséidon tend son bras vengeur vers l’horizon immense, fait déferler les flots, les fait rouler puissamment pour engloutir les navires et noyer les naufragés ; des dauphins fragmentés en octogones irréguliers, de noir et de jaune, nagent en ne faisant qu’un ; une vierge agenouillée, les mains nouées et le regard perdu dans son ciel intérieur, implore le secours de dieu ; un taureau démesuré suspend le mouvement de sa virilité massive ; des nus, le corps transpercé d’éclairs, convulsent sans que l’on puisse dire s’ils sont transportés de plaisir ou de douleur.
Partout c’est le bleu qui domine, équilibré ou soutenu par une riche palette de verts et de jaunes. Le blanc et le noir, les nuances de gris, sont utilisés pour accentuer et donner de la profondeur aux sujets peints. Nulle part, il est fait usage du rouge ou de ses dérivés. Aucun violet, aucun orange, pas de rose.
Les visages grimaçants, les corps tendus sont plus angoissants encore par l’absence de carnation. Leur teint est grisâtre, patiné de bleu et d’un jaune évanescent qui apporte la lumière suffisante et insuffle le peu d’humanité nécessaire à semer le trouble dans l’esprit du visiteur.
Une autre particularité marquante du bâtiment est l’imposante sphère bleue, représentation de la planète Neptune, qui est littéralement posée sur le toit et déborde pesamment à l’intérieur du hall. La teinte claire du bleu qu’elle émet, impulse un léger mouvement rotatif et donne à l’ensemble un effet d’étrangeté marine.
Sur la moquette, que l’on imagine blanche, d’immenses tridents indiquent l’entrée des quatre salles. Comme l’annonce l’affiche publicitaire, derrière chaque porte se cachent une salle de théâtre, une salle de concert, une salle de projection et l’entrée d’un studio de cinéma « unique en son genre ».

L’écorchée de feu

Voici un poème dont j’avais commencé la rédaction en 2007. Il y a bien longtemps. En rangeant une pile de papiers (j’en ai plusieurs sous le coude), il y a quelques semaines, je suis retombé dessus et j’ai décidé d’en achever l’écriture. Vous pouvez lire le résultat juste en-dessous. Mes archives sont pleines de textes à peine ébauchés ou presque terminés. J’ai entrepris de faire une sélection et de me laisser guider par mon intuition et mon inspiration afin de les partager avec vous sous une forme (enfin) aboutie. C’est sûrement l’effet « rentrée ». Bonne lecture !

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L’écorchée brûlante
languissante et moite
entre les stupeurs et les aberrations
des convives assemblés

Sur les tables on redessine
des chevaux gisants
au cabrer rutilant
étalon suintant de verve

Tandis qu’aux murs
pendent des échecs carrés
où reines et rois
s’unissent en guerres lentes

Des cohortes de pianos
assistent aux ébats
partageant quelques pistons
de vieilles machines endolories

Au rocher du salon
coupé dans l’âtre
le corps équarri d’un arbre puissant

brûle.

L’auteur n’est pas abstrait

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Le monde du livre n’existerait pas sans l’auteur et pourtant le système fonctionne en
grande partie à ses dépends. En effet, l’auteur est, proportionnellement au travail fourni, le
moins rémunéré de tous les acteurs du secteur et bien souvent le seul à ne pas pouvoir vivre de
son travail. Cela s’explique de la manière suivante, un livre neuf en littérature c’est en
moyenne (source SNE) : détaillant (libraire, supermarché, etc.) 36%, imprimeur 16%, éditeur
14%, distributeur (souvent lié à la maison d’édition) 11%, auteur 11% (6% si le tirage est faible
ce qui est très majoritairement le cas), diffuseur 6,5%, État (TVA) 5,5%. Il faut ajouter à cela le
délai de paiement des droits d’auteur qui est couramment de 18 mois, la bestsellerisation des
ventes qui entraîne un nombre très réduit de livres à des sommets de mirobolance, l’opacité
entretenue autour du nombre de ventes pour beaucoup d’autres, les rapports compliqués entre
éditeurs et auteurs. Ce qui fait, en France, qui n’est pas le pire des systèmes, notamment grâce
au prix unique, que sur 100.000 auteurs moins de 2% vivent exclusivement de leur plume.
On ignore donc très largement que l’auteur, celui qui est vivant bien entendu, est doté
d’un estomac, qu’il doit se reposer sur un lit, avoir un toit au-dessus de la tête, qu’il doit aussi
entretenir son corps et son esprit, alimenter son bureau en livres et autres documents, payer
ses factures, éponger ses dettes hélas parfois. Bref, l’auteur a lui aussi besoin d’argent
(modestement) pour vivre, tout simplement parce qu’il existe réellement et qu’il a des besoins
physiologiques primaires et moins primaires, ainsi que d’autres aspirations quotidiennes ou
régulières qui ont un coût.
Bon, cette entrée en matière est peut-être abrupte mais elle est nécessaire pour faire
comprendre qu’écrire est un vrai métier, pas un loisir ni une activité complémentaire et encore
moins une occupation romantique dénuée de tout ancrage dans le monde réel.
Passons maintenant aux raisons pour lesquelles je ne veux pas être édité par un éditeur
professionnel :
1. parce que les lecteurs, c’est-à-dire vous, êtes assez lucides, matures, curieux et
responsables pour savoir si vous avez envie de me lire. Charge à moi de vous faire
découvrir et apprécier les fruits de mon travail,
2. pour ne pas céder mes droits et emprisonner la majeure partie de ce que je crée ; le
copyright est valable 70 ans après la mort de l’auteur, c’est le délai officiel pour que son
œuvre tombe dans le domaine public,
3. pour rester totalement et absolument et éternellement libre de faire ce que je veux avec
ce que je crée et de laisser ce que je crée ouvert à tous,
4. rendre accessible à tous ce que je fais en permettant à chacun de me soutenir selon ses
moyens,
5. pour ne pas appartenir à une organisation pyramidale, avec notamment une tête bien
identifiée là-haut tout là-haut,
6. pour ne pas entrer dans le système médiatique et le milieu littéraire avec ses codes et sa
sempiternelle mascarade des prix,
7. pour éviter les déboires de ma première édition (ne pas être payé, dépenser plus que je
ne gagne…).
Vous l’aurez compris, c’est un véritable choix, une proposition, un engagement
fondamental et personnel pour un autre mode de fonctionnement, pour une autre société ;
pour placer au cœur de la relation entre le créateur et les lecteurs la confiance et l’engagement
mutuel. Je veux qu’on entre dans ma littérature comme dans un moulin. Je le répète, que tous
ceux qui le souhaitent puissent y avoir accès sans restriction ni condition. Je suis contre les
barrières infranchissables, contre les frontières qui divisent. Je suis pour le lien direct et
l’échange d’égal à égal, pour la créativité vivante, libre, ouverte, dense et foisonnante.
Évidemment, je n’ai pas la prétention de détruire le système institué, je remarque
simplement qu’il ne me convient absolument pas, ce qui explique ma décision de prendre une
place légitime et parallèle. La plupart des écrivains acceptent ou se soumettent à un état de fait.
Libre à eux. De mon point de vue, ils se trouvent dans le cadre de la servitude volontaire si bien
mise en lumière par La Boétie. Je le refuse pour moi-même sans vouloir convaincre quiconque.
Je défends mon droit à exister en alternative, selon un mode de fonctionnement qui me paraît
foncièrement juste.
Il est certain que ce choix a des contraintes surtout en terme de temps et de risques
financiers (raisons pour lesquelles sans doute beaucoup d’écrivains ne se lancent pas dans cette
aventure périlleuse). Concrètement, je dois m’occuper de la ligne complète pour éditer mes
écrits (de l’écriture à la vente). Je dois choisir, c’est exaltant, mon imprimeur, la qualité du
papier, le tirage (nombre d’exemplaires), réaliser la mise en page, les corrections, créer la
couverture, communiquer, assurer la distribution, gérer le site Internet, etc. Alors, pour
résumer, sur un livre vendu, je gagnerai certainement plus qu’en édition classique (suivant le
nombre et le degré d’implication et d’adhésion de vous, lecteurs) mais je passerai aussi
beaucoup de temps à ne pas écrire afin de mieux me faire connaître et lire. C’est un choix que
j’assume pleinement puisque c’est celui de la liberté. Je suis libre d’être écrivain et écrivain
libre par conviction. Je suis, plus que jamais, déterminé à vivre comme tel, grâce à votre
soutien.
Je vous donne rendez-vous sur Tipeee dès le 4 juillet 2019, pour me soutenir en faisant
un don ponctuel ou régulier. Un grand merci à tous !
Pour finir cette publication, je citerai un auteur romanche que je m’attellerai à mieux
connaître, Iso Camartin. Il a déclaré dans le Temps de Genève (08 août 1998) : « on ne peut pas
glorifier la liberté sans la mettre en pratique. » Alors oui, soyons cohérents, mettons en
pratique !

Nouveau départ

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Parfois j’aimerais que le temps n’existe pas. Bientôt j’aurai 42 ans ce qui en soi, bien sûr, ne veut pas dire grand-chose. Ma vie matérielle est précaire, heureusement ma vie amoureuse est un phare.
J’ai tenté vingt fois (peut-être cent) de m’élancer dans le vide, d’avoir suffisamment confiance en moi pour affronter mes doutes et dépasser mes imperfections. Jusqu’à maintenant, je savais que je n’étais pas prêt. Aujourd’hui, je le suis. Prêt à quoi exactement ? À assumer qui je suis, pleinement, totalement, sans plus aucune concession ni compromis, de manière intégrale. Assumer de m’exprimer et de vivre librement, d’être radicalement moi. Enfin !
Par nature, je pars dans tous les sens, je bouillonne, je foisonne, j’alterne ; je n’approfondis pas nécessairement mais j’explore, je relie, j’associe, je construis, je détruis aussi, jamais pour nuire, toujours par soucis de vérité, d’authenticité, de précision. Et j’avance, j’avance…
Je crée, j’avance, j’explore. Désormais, je vais partager mes mouvements de pensée avec vous, mes découvertes, mes inventions, mes surprises et mes doutes aussi. Je vais m’exposer, c’est-à-dire prendre des risques…
Pour autant, je n’ai aucune idée de qui pourra bien être intéressé par autant d’inconstance apparente (sorte de tendance à la turbulence), bien que j’aimerais voir, personnellement et plus positivement, dans ce mouvement perpétuel, de l’abondance, du foisonnement, de la multitude ou plus encore de la luxuriance. Quoiqu’il en soit, il est bon de vous dire que je me suis toujours senti à l’étroit dans notre monde. Je n’y ai jamais vraiment trouvé de place, sans doute parce qu’il n’y en avait pas pour moi avant que je ne la crée.
C’est un monde, disons-le franchement, qui dans sa globalité, ne me plait pas ; plus précisément, le problème vient du fait que je ne partage pas les valeurs cardinales et les peurs de cette société humaine prédatrice et violente à organisation pyramidale. Par exemple, l’argent a toujours été secondaire pour moi. C’est un instrument qui doit le rester (d’ailleurs un article à paraître vous expliquera les choix que j’ai fait concernant mon mode de rétribution). Un instrument est au service, il ne doit pas avilir celui qui s’en sert (c’est un principe très bien défendu par la communauté du logiciel libre et qui essaime).
L’autopromotion érigée en condition sine qua non de la réussite, la notion même de réussite, la concurrence comme arme de division, l’autoritarisme larvé et hypocrite, le cynisme des puissants autoproclamés, la politique des avantages socle des inégalités, l’inconscience et l’irresponsabilité face au défi écologique, le matérialisme ambiant et écrasant, l’opacité entretenue, la loi du plus fort, la rentabilité, la croissance à tout crin, le progrès à tout prix, la manipulation systématique, l’attrait de la nouveauté perpétuelle et tant d’autres ”vertus » du néo-libéralisme provoquent en moi un rejet sans équivoque (que j’essayais jusque-là vainement de réprimer) ainsi que toutes les peurs associées à ses déséquilibres orchestrés (la peur de manquer, de ne pas être à la hauteur, la dépendance affective, la fièvre accumulatrice, l’insécurité alimentée, la peur de la transparence, de ne pas être aimé, la peur panique de la mort, etc.). Tout cela sans compter les conséquences désastreuses sur les individus, sur leur intimité, sur notre environnement, sur nos écosystèmes. Il y a trop à dire mais pour résumer nous sommes dans l’urgence absolue d’engager des changements profonds et radicaux. Sortir de la société dite de consommation, répartir les richesses de manière juste, s’ouvrir à une éducation émancipatrice, à une culture foisonnante, à des échanges francs et denses, à une spiritualité libre et épanouie sont désormais des nécessités. Il est impératif de promouvoir le libre arbitre de chacun et de soutenir les alternatives susceptibles de nous faire avancer ensemble vers plus de cohérence , plus de réalisme et plus de magie.
Ce que je défends est puissamment sous-tendu par l’amour, la solidarité, l’égalité, la liberté, la vérité, l’ouverture d’esprit, la coopération, le respect, l’écoute… Souvent ce sont de grands principes couverts d’éloges mais bafoués par le plus grand nombre aussi bien à l’échelle individuelle que collective. La spiritualité aussi je l’assume désormais comme un pilier majeur de mon existence. La vie ne peut qu’être avant tout spirituelle. Comment vivre sans se confronter à cet insondable et incroyable mystère qu’est la vie ? Sans tenter d’y apporter des réponses, ses réponses intimes et personnelles ? La vie n’a pour moi que ce sens. Tout n’est que nourriture pour comprendre : mes sensations, mes réflexions, mes expériences, mes actes.
D’actes il est d’ailleurs question désormais. Le silence que je me suis imposé n’a plus lieu d’être mais il m’a été d’une grande utilité : j’ai pu m’y trouver. Des actes donc, il y en a un dès aujourd’hui. Je vais commencer par respecter ce que j’écrivais à juste titre dans le sOnneur baObabique n°1 (30 novembre 2016) : toutes mes créations sont et resteront définitivement libres d’accès sous la licence Creative Commons (BY, NC, SA), c’est-à-dire que vous pouvez partager et adapter toutes mes créations tant que vous n’en faites pas un usage commercial, à la condition de me nommer comme auteur et de diffuser votre travail avec la même licence.
Le deuxième acte est une annonce d’importance pour moi. Le sOnneur du scripteur reparaîtra bientôt sous le titre de sOnneur à deux têtes. En effet, il s’ouvre amoureusement à Julie mon épastrouillante fiancée et désormais acolyte ! La parution du sOnneur suivra le rythme de notre production et nos fantaisies.
Troisième acte, je publierai bientôt une nouvelle inédite sur laquelle je travaille depuis plusieurs semaines. Et bien d’autres choses se préparent dont je vous entretiendrai en temps voulu !
Voici pour finir et pour résumer quelques lignes encore afin de préciser clairement mes objectifs. En premier lieu, je tiens à m’exonérer d’un système qui ne me correspond pas, et par mon action conjointe à beaucoup d’autres, arriver à infléchir le système dominant voire à le changer (nous sommes proches d’un point de rupture). Ensuite, donner un écho plus important à ma façon de voir et de vivre qui me semble totalement en accord avec les réalités matérielles et spirituelles de notre monde (et que je ne suis heureusement pas seul à porter). Agir en symbiose. Et enfin entamer consciemment un chemin pour atteindre un ailleurs que je pourrais nommer l’ici et maintenant.
Mais concrètement, je ne sais pas où tout cela me mène. Dans le dédale de l’inconnu ? Dans un labyrinthe constellé de symboles ? Dans un espace aussi vaste que la conscience ? Je ne le sais pas mais je m’y engage avec un enthousiasme débordant et une totale confiance.
Si ma démarche et les fruits qui en naissent vous plaisent et vous transforment, voici quelques moyens de me soutenir : me lire, faire un don ponctuel ou régulier (des précisions sont à venir), me diffuser et parler de mes créations autour de vous et bien sûr partager avec moi !
À très bientôt pour toutes les suites à venir.

Les instruments du hasard

Qu’on lance un dé, qu’on tire une carte, qu’on ouvre un livre à l’aveugle ou qu’on éventre un lapin ;
Qu’on scrute le vol des oiseaux, qu’on jette une pièce ou bien trois ;
Qu’on lise dans le fond de sa tasse, dans le creux de sa main ou au rythme d’un pendule ;
tout mène aux signes. L’intuition nous l’avons, pourtant, ces indices recherchés génèrent un faisceau de certitudes qui appuie l’orientation d’une idée, conforte l’intensité d’un ressenti, structure une décision ou provoque un passage à l’acte.
Tout est déjà là, certainement, en puissance, mais nous préférons à un moment propice au dévoilement, user de ces instruments que nous offre le hasard afin de mieux lire en nous.

Un texte sur le visage

Lire un texte sur le visage de quelqu’un, ce n’est pas facile car au cours de la lecture les expressions du visage changent et modifient le sens et le mouvement du texte.
Il faut savoir suivre chaque trait, chaque regard, le plissement des lèvres et celui des yeux ; il faut sentir les modulations du souffle ; s’imprégner tout entier dans cette figure qui nous inspire, onduler avec elle, suivre et générer la moindre de ses émotions.

Je pense aux clés

En ce moment, je pense beaucoup aux clés. C’est peut-être symptomatique de la période que je vis actuellement et qui est propice aux déblocages.
Mais de quoi est constituée une clef (j’aime cette double orthographe) ? D’apparence, elle est souvent d’un seul tenant. Cependant, lors de son usage, elle se divise distinctement en deux parties. La première disparaît dans la serrure tandis que la seconde reste serrée entre les doigts de l’utilisateur. Puis, par un habile mouvement du poignet, la clé toute entière tourne et voici la porte déverrouillée (ou verrouillée).

Le miracle se reproduit invariablement tant que l’on sait accorder la clé et la serrure.

La fleur donne le fruit

On pourrait imaginer un champ de fleurs. Chacune tirerait de l’existence unique d’une femme ou d’un homme sa couleur, sa forme, le nombre de ses pétales, la saveur de son nectar, le parfum qu’elle exhale, la saison de son épanouissement. Ces fleurs seraient uniques comme l’est le vécu de chaque individu disparu ; éternelles comme un symbole coloré et vivant de la mémoire.

À la vue de cette étendue de fleurs vibrantes, nous prendrions conscience de la multitude, de la diversité, des ressemblances, des dissemblances, de cette inépuisable richesse de formes offertes par la nature et qui réside profondément dans le cœur des Hommes. Nous nous sentirions enfin à notre place, un parmi tous, ce tous formant le un, le tout.


Je ne sais pas pourquoi m’est subitement venue cette idée de voir la vie de tout humain s’incarner dans le corps d’une fleur. C’est de prime abord, j’en conviens, peut-être un peu naïf mais, à y regarder de plus près, l’exercice s’avère riche de potentielles découvertes : quelle partie du corps, de l’esprit ou de l’âme représenteraient la dentelure des feuilles, la hauteur de la tige, la courbure des étamines, la densité de la gaine, l’envergure de la corolle, le diamètre du stigmate ou la finesse du style ?

Si l’expérience vous tente, imaginez-vous en fleur et vous vous rendrez compte que ce n’est ni simple ni anodin… et que l’on peut apprendre à se connaître grâce aux multiples biais de l’imagination.